
«Vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi?» demande Jésus à Gethsémani. Voici l’inversion de tout ce à quoi l’homme religieux s’attend de la part de Dieu. L’homme est appelé à partager la souffrance de Dieu devant le monde qui est sans Dieu.
C’est pourquoi il doit vivre effectivement dans le monde sans Dieu, il ne doit pas essayer d’occulter, de transfigurer religieusement, d’une certaine manière, cette négation de Dieu dans le monde. (…)
Ce n’est pas l’acte religieux qui fait le chrétien, mais le partage de la souffrance de Dieu dans la vie du monde. C’est la metanoia: ne pas penser avant tout à ses propres épreuves, à ses propres problèmes, ses propres péchés, ses propres angoisses, mais se laisser entraîner à la suite de Jésus dans l’événement messianique constitué par le fait qu’Is 53 se réalise maintenant.
Dietrich Bonhoeffer
Traduit de l’italien. Resistenza e resa
San Paolo, Cinisello Balsamo 1988, p. 441